L’ALEXITHYMIE, UN NOUVEAU PRÉDICTEUR DES PROBLÈMES DE COMPORTEMENT DES ENFANTS VICTIMES DE VIOLENCE SEXUELLE

PRODUCTION SCIENTIFIQUE | 31 AOÛT 2017

Karolanne O’Keefe

Date de publication

 

Juin 2017

 

Résumé original

 

La compréhension des facteurs sous-jacents à l’adaptation des victimes de CSA est au cœur des études scientifiques actuelles. Le terme alexithymie a été créé pour faire référence à la difficulté d'identifier et d'exprimer ses émotions (Sifneos, 1973) et semble être une avenue innovante, mais peu exploitée, pour la recherche. Récemment, il a été démontré que l'alexithymie contribue au développement de problèmes internalisés et externalisés chez les enfants issus de la population générale (Brown, Fite, Stone et Bortolato, 2016; Di Trani et al., 2013). En outre, elle semble assez répandue parmi les survivants adultes de CSA (Güleç, Altintaş, İnanç, Bezgin, Koca et Güleç, 2013). Cependant, les quelques études examinant l'alexithymie chez les victimes de CSA se sont appuyées sur des participants adultes et ont été rétrospectives.

 

Cette recherche vise à explorer la relation possible entre l'alexithymie et les problèmes de comportement chez les victimes d'âge scolaire de CSA, après avoir contrôlé les variables sociodémographiques et les caractéristiques des abus sexuels. Au total,
213 enfants ont été recrutés dans différents sites offrant une aide spécialisée aux victimes d'abus sexuels et à leurs familles. Les données concernant l'abus ont été recueillies à l’aide de l’« History of Victimization Form » (Parent & Hébert, 2006). Le «Child Behavior Checklist» (CBC: Achenbach & Rescola, 2001) et le «Children’s Alexithymia Measure» (Way et al., 2010), remplis par les parents, ont été utilisés pour évaluer respectivement les problèmes de comportement de l'enfant et les niveaux d'alexithymie.

 

L'analyse de régression a révélé que l'alexithymie prédisait de manière significative toutes les sous-échelles de la CBC en plus des problèmes internes, externes et comportementaux ; plus précisément, l'anxiété (β = 0,499, p <0,001), le retrait (β = 0,580, p <0,001), la somatisation (β = 0,316, p <0,001), les difficultés relationnelles (β = 0,462, p <0,001), les problèmes de pensée (β = 0,489, p <0,001), les problèmes d'attention (β = 0,466, p <0,001), la délinquance (β = 0,414, p <0,001) et le comportement agressif ( β = 0,461, p <0,001). Ces modèles ont expliqué entre 12,1 % et 36,1 % de la variance de la sous-échelle des problèmes de comportement.

 

Les résultats soulignent l'importance d'évaluer l'alexithymie pour cibler les enfants présentant des problèmes d'adaptation persistants. En outre, les résultats pourraient contribuer à améliorer les interventions et les traitements pour les victimes de CSA en mettant en œuvre des modules d'intervention dans la reconnaissance de l'émotion. Les recherches futures devraient s'appuyer sur des données longitudinales et considérer d'autres variables qui pourraient affecter l'alexithymie, comme la sécurité d'attachement et d'autres traumatismes interpersonnels.

 

Référence

 

Boisjoli, C., Tremblay-Perreault, A., et Hébert, M. (2017). Alexithymia, a new predictor of behavior problems of sexually abused children. Communication présentée dans le cadre de la  6è Conférence de l’International Society for Child indicators. Montréal, Canada.

 

Pour demander la production scientifique entière aux auteurs

https://www.researchgate.net/publication/318069421_Alexithymia_a_new_predictor_of_behavior_problems_of_sexually_abused_children