CONFESSIONS NOCTURNES D’UN CÉLIBATAIRE ENDURCI

TÉMOIGNAGE

Charles

20 Septembre 2016

J'ai jamais eu de blonde. Voilà, c'est dit.

 

Quand je partage ce petit coin de jardin secret à ceux avec qui j'ai développé une certaine proximité, ils restent surpris. En général, je le prend comme un compliment. C'est comme si leurs étonnements voulaient dire indirectement que je suis une bonne personne dégageant une belle énergie. C'est flatteur.

 

Et puis, des fois, la question du pourquoi sort de leurs bouches et me frappe en pleine face. Pourquoi? Ou plutôt quels sont les facteurs qui font en sorte que Charles, 23-ans-toutes-ses-dents, n'a pas ENCORE rencontré sa princesse charmante? Timidité? Oui, parfois. Mauvais timing? Probablement. Je sors pas assez? Peut-être. Je suis plate? Impossible d'être formidable 100% du temps.

 

Bref, ma réponse est souvent maladroite. Quand je leur répond, j'ai peur de paraître comme le gars qui met ses standards trop hauts, voulant absolument rencontrer la perle rare, la belle fille drôle, intelligente, attentionnée, fidèle, etc.

 

J'ai toujours cru à l'expression « Qui se ressemble s'assemble ». Je me permettrais même d'ajouter « Qui se ressemble à 75% s'assemble », même si ça sonne pas mal moins cute. Trop se ressembler peut apporter du mauvais : il n'y a plus de partage de découvertes, de passions, de désaccords, de conversations endiablées. J'ai toujours eu la mentalité d'être le plus possible la personne que j'aimerais rencontrer, de faire en sorte que les gens me voient comme un bon vivant, un bon Jack. Je crois qu'à date, je m'en sors pas mal. Il me manque plus qu'à trouver la bonne Jackie!

 

À mes yeux, LA Jackie idéale, c'est une fille qui a le bonheur facile, qui me fait rire et avec qui je vais avoir la chance de partager quelques points en commun. That's it. Je veux qu'on soit meilleur amis, qu'on se partage absolument n'importe quoi, de la plus folle pensée à la plus sérieuse. Physiquement, j'ai pas trop de préférences, mais la beauté du visage reste quand même un aspect important. C'est pas trop en demander non?

 

« Ah tu vas voir, quand tu vas l'avoir trouvée, ça va se faire tout seul! » Je commence à avoir un haut-le-cœur à chaque fois que je l'entend celle-là. Nonon, ça va pas se faire tout seul. Si tu fais rien, il va rien se passer. Logique non? D'ailleurs, je n'ai jamais été un grand fan de ces fameux premier pas. Je manque un peu de couilles à ce niveau là, mais je m'assume et je suis persuadé que je ne suis pas le seul, car ça demande une bonne dose de confiance en soi et de courage. Parler à une belle étrangère, sans circonstances, sans raisons valables, je trouve pas ça naturel, c'est contre nature. Ça va se faire tout seul = ça va se faire naturellement? Si c'est ça, j'ai plus tendance à y croire.

 

À l'ère du numérique, laissez-moi vous dire que j'ai l'impression qu'il n'y a plus grand chose de naturel. Tinder, Badoo, Snapchat, Facebook, Instagram, etc., la liste est longue pour être dans la dating scene  en 2016. Je suis déjà un peu geek à mes heures, donc j’essaie le plus possible de ne pas me donner d'autres raisons d'être devant un écran. Bon, j'ai Facebook, comme à peu près tout le monde et j'entretiens une relation d'amour/haine avec Tinder.

 

Au début je me suis inscrit là-dessus en joke, par curiosité. Oh là là que je suis tombé dans le piège! J'avais fait une belle petite description de moi, avec un peu d'humour, mais rien de trop long, pour pas avoir l'air du gars désespéré. Je l'étais, mais il fallait pas que ça paraisse. J'ai donc porté le masque du gars plein d'espoir et confiant. Après j'ai choisi mes photos de façon stratégique:

 

1. La première photo devait être la meilleure de ma collection et je devais être seul. Tomber sur une photo d'une gang de filles et ne pas savoir c'était laquelle dans le groupe, ça me tapait sur les nerfs alors je me suis dit que ça serait brillant de ne pas répéter cette erreur.

 

2. La deuxième, une photo de moi en voyage. Tout le monde aime parler de voyage et ça peut être un bon sujet pour une première conversation avec une Tinder girl.

 

3. Une photo en gang d'amis, pour prouver que je ne passe pas mes soirées à jouer à World of Warcraft entouré de crottes au fromage et de Mountain Dew.

 

4. Une photo drôle pour démontrer que je suis quelqu'un qui n'a pas peur du ridicule et qui a un bon sens de l'humour. Le fait de terminer sur une note amusante peut s'avérer gagnant.

 

Bref, j'avais pensé à mon affaire. Je me suis dit que mon appât était alléchant et que j'allais pêcher du beau poisson. J'en avais mal aux pouces à force de swiper à babord et à tribord. Malheureusement, les Matches furent peu nombreux et ça m'a complexé un tantinet... Est-ce que je suis assez beau? Est-ce que je suis trop sélectif? Trop de questions Charles, trop de questions...

 

Il y en avait de toutes les sortes : des trop maquillées, des pas assez habillées, des elle-n'a-clairement-pas-l'aĝe-pour-être-sur-Tinder, les fameuses je-fais-du-crossfit-et-je-cherche- un-badboy-musclé-barbu-et-tatoué, de belles brochettes (le féminin du brochet) et des moins de mon goût. J'essayais le plus possible de sentir ce que les filles dégageaient (ici, je ne parle pas d'odeur) plutôt que de juger uniquement leur physique. Pas facile avec des photos, mais en général, si je voyais plus souvent les dents que les seins de la fille sur ses photos, c'était bon signe.

 

Après quelques sessions intensives, j'avais scruté l'entièreté des célibataires du Québec. Les  conversations que j'ai eu étaient décevantes donc je me suis tanné et j'ai supprimé l'app de mon téléphone. C'était peut-être vrai après tout que Tinder c'était rempli de monde qui veut uniquement s'envoyer en l'air le temps d'une soirée.

 

D'ailleurs, je me sens un peu out of the game de ce côté-là. Échanger des coups de bassin avec une inconnue, ça m'attire pas. Zéro pis une barre. Je trouve ça dommage que ça soit de plus en plus présent dans notre génération. Ça démontre selon moi un genre de mal de vivre collectif, un désespoir de trouver l'Amour avec un grand A. Alors on tombe dans la facilité, dans la quantité au-delà de la qualité. On est jeune, on s'amuse, on se met tout nu avec n'importe qui, n'importe où, n'importe quand. « On » exclut la personne qui parle n'est-ce pas?

 

Je trouve aussi que le dating c’est comme le jeu du chat et de la souris. Au primaire, le jeu avec le parachute me faisait déjà pas tripper, mais la version cruize pour adulte, sans toile, c'est 100 fois pire. J'ai souvent été le chat, mais à la longue, je me suis rendu compte que j'avais pas de cardio et c'est resté de même. Je vais te laisser manger ton fromage tout seul, moi je vais aller jouer avec ma pelote de laine.

 

Pour en revenir avec Tinder, quelques mois plus tard, je décide de le réinstaller, parce qu'il faut croire que je m'étais ennuyé du plaisir semi malsain que me procurait le jugement des gens. Je suis tombé sur une fille, qui était là-dessus aussi par curiosité et on a décidé de se rencontrer après quelques échanges de pouces.

 

Les échanges de langues se sont fait après quelques dates, mais on a décidé de s'imposer quand même quelques limites étant donné qu'elle sortait d'une longue relation et qu'elle était donc loin d'être prête à s'embarquer dans du sérieux. On vivait ça au jour le jour. Je me suis dit que j'avais sûrement une place V.I.P. quelque part dans son cœur, c'est qu'elle n'était juste pas prête à me l'offrir présentement. Ce ne fut pas le cas...tant pis!

 

L'autre jour, une amie à moi me lance : « T'es trop gentil Charles. » Est-ce qu'on peut vraiment être TROP gentil? Au point que ça soit un défaut? Pourtant, je suis loin d'être une Amélie Poulain qui décide de changer la vie des autres au point de s'en oublier soi-même. Je voulais pas partir un débat, alors je me suis contenté d'accepter le compliment/commentaire. Des fois je me dit que je pourrais prendre un break, décider volontairement d'être fatigué d'être le bon gars gentil avec tout le monde, le bon Jack, celui qui pardonne tout. Anyway, ça d'l'air que les Badboys ça pogne plus...

 

Alors voilà, j'espère sincèrement la trouver. Je le mérite. Pas obligé que ça soit l'âme-sœur absolue, ça serait peut-être trop en demander. Elle n'est peut être pas ici. Peut-être qu'elle se dandine en jupe fleuries à Hawaï, qu'elle sirote un thé sous le ciel nuageux de Londres (désolé pour les clichés) ou qu'elle est plus près de moi que je le pense... j'en ai aucune idée. Ce que je sais par contre, c'est qu'elle est bonne en criss à cache-cache! En attendant de la trouver, j'envie les couples qui se tiennent la main dans la rue, ceux qui se donnent des petits becs cute et ceux qui font l'amour passionnément.

 

J'ai souvent été déçu, j'ai vécu des échecs et des peines d'amour unilatérales, mais j'ai appris de mes erreurs parce que Dieu sait que j'en ai fait pas mal. Je suis patient en emmagasinant mon bonheur et ma tendresse dans une partie de mon cœur fragilisé. Je réserve ce coin-là pour celle qui va faire naître des petits papillons dans mon être, celle dont j'aurais pas besoin de me poser 10 000 questions. Quand je saurai que ce sera LA bonne, je lui offrirai mon coin de cœur, la moitié s'il le faut et ce sera le plus beau cadeau que la vie puisse m'offrir si elle l'accepte et en fait de même.

 

Je vous aime, bye.

 

 

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