DANS DEUX ANS, JE NE BAISERAI PLUS

TÉMOIGNAGE

Noémie P.S.

13 octobre 2016

J’ai toujours considéré que la sexualité était un aspect important de ma vie, que je sois en relation ou non. Par contre, dans ma tête, il y a des gens qui ont une sexualité et d’autres qui n’en ont pas. C’est tranché au couteau.

 

Mes grands-parents :   non;

mes frères et sœurs :   oui;

mes collègues de travail :  oui;

ma cousine de quinze ans :  non!

 

Je n’ai même pas besoin de me pencher sur la question. On dirait que les réponses sont déjà préétablies dans ma tête, comme si quelqu’un d’autre les avait mises là pour moi. Probablement pour me sauver du temps de réflexion. Thanks buddy.

 

Tout ça me convenait très bien jusqu’à ce que l’amie d’une amie, un peu trop saoule, me donne un coup de pelle en pleine face. Une pelle de mots. Pas celle qui s’occupe de déblayer ton entrée l’hiver, mais plutôt celle qui te tabasse les idées préconçues et bleuit ton égo sans préavis.

 

Ledit incident s’est produit durant une de nos chères soirées de filles chez mon amie Anita. Celles qui se résument généralement à boire de l’alcool et à jaser de nos vies. Vous l’aurez deviné, le temps de conversation accordé à nos sphères sexuelles est directement proportionnel au nombre de verres ingurgités. C’est donc durant cette soirée particulièrement arrosée, entre une conversation sur les strap-on et une autre sur l’importance de la tendresse, que j’ai reçu ce commentaire par la tête: « Woh, ça fait huit ans que t’es avec ton chum! C’t’un méchant bout! Vous devez pu baiser ben ben! »

 

Hein? Ouate de phoque?

 

J’ai senti ma face figée pendant deux secondes dans une moue entre l’incompréhension et la surprise. Une fille que je connaissais à peine se déclarait experte de ma vie sexuelle.

 

Il y a clairement eu un malaise. Elle a fait une belle tentative de rire maladroit pour l’enterrer. Ça n’a pas fonctionné. J’avais alors deux choix : l’aider à passer par-dessus le malaise, ou l’empirer. Je ne sais pas si c’est à cause de l’alcool ou du brouhaha qu’elle avait créé dans ma tête, mais j’ai choisi de mettre de l’huile sur le feu. Je lui ai demandé d’expliquer le raisonnement derrière son commentaire.

 

Clairement l’ambiance en a pris un coup, mais elle nous a avoué, un peu à reculons, qu’elle avait de la difficulté à imaginer un couple en relation depuis plus de dix ans entretenir une vie sexuelle active et satisfaisante. Mon couple était proche de la limite. Notre sphère sexuelle se résumait donc automatiquement à une perte de désir continuelle, une routine fade et peu stimulante, ainsi qu’un manque évident de surprise et de nouveauté.

 

Pour cette fille, la passion sexuelle était à l’image des bonbons d’Halloween : on partait avec une bonne intention de les faire durer longtemps, mais après un mois ou deux, on réalisait qu’il ne restait que les moins bons, on les étirait jusqu’à ce qu’il n’en reste plus du tout et on séchait pour le restant de l’année. Mon copain et moi étions à la fin de notre citrouille. On avait du sexe de bonbons poches pis, dans deux ans, on ne baiserait plus. Pu pentoute.

 

J’ai réalisé que dans sa tête aussi il y avait des gens qui avaient une sexualité pis d’autres qui n’en avaient pas. Deux catégories : oui ou non. Pis je sentais qu’on était une méchante gang à avoir été déclarés sexuellement inactifs. Involontairement. Comme ça. Sans plus de questionnement. La différence c’est que maintenant je le savais, et ça me dérangeait.

 

Et tout d’un coup, ça m’a happée.

 

Je faisais la même chose! #facepalm

 

Je me disais que mes parents étaient trop occupés pour maintenir une vie sexuelle épanouie, que mes grands-parents étaient trop vieux, que ma cousine était trop jeune, etc. Les gens étaient soit sexuellement actifs ou totalement inactifs. Je les classais selon différents critères; son threshold à elle, c’était la durée de la relation.

 

J’ai aussi réalisé que ce qui avait été mis dans nos têtes sans qu’on ne s’en rende compte, supposément pour nous sauver du temps de réflexion, ça avait un nom: préjugés. C’étaient des préjugés. Réaliser que j’en entretenais, ça m’a fait mal. Réaliser que ça pouvait blesser des gens que j’aimais, ça m’a fait encore plus mal. Je ne pensais jamais que j’allais me faire brasser le cerveau quand je suis entrée chez Anita en brandissant ma bouteille de vin. Et je suis pas mal certaine que son amie assise sur le divan fleuri ne savait pas qu’elle traînait une arme de réflexion massive dans sa bouche.

 

L’important, c’est qu’on a fini la soirée en jasant de nos préjugés et de nos jugements hâtifs. On s’est bien rendu compte que ça manquait de nuance notre affaire, pis on a décidé de se donner un objectif : construire une nouvelle catégorie. Celle du « peut-être ». Elle est grande cette catégorie-là! Elle se fout de l’âge, de la profession, de la durée de la relation et même de la présence de relation. Elle accepte tout le monde. Certains avec plus de facilité que d’autres. Je dois vous avouer qu’elle est rapidement devenue ma catégorie préférée.

 

P.S. : Dans votre vie sexuelle, c’est l’Halloween quand vous voulez. #dontforget

 

Noémie P.-S.

 

 

 

 

 

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