C’EST JUSTE UNE PHASE!

TÉMOIGNAGE

Brandy A.

2 novembre 2016

Dur à croire que je vais raconter mon histoire ici, alors que des gens très près de moi ne la connaissent toujours pas. Mais je tiens à le faire, pour que d’autres, dans ma situation, se sentent moins seuls et puissent se comparer, parce que c’est un peu ce qu’on fait tous, même inconsciemment.

 

C’est difficile de dire où commence mon histoire, car la sexualité m’habite et fait partie de moi du plus loin que je me souvienne. J’ai toujours été entourée d’adultes et forcée d’adopter ce mode de vie mature, que j’ai pris et tout de suite aimé. Je voulais apprendre, découvrir, connaître.

 

Malheureusement, les questions n’avaient pas vraiment leur place à la maison familiale. La sexualité était acceptable pour faire des blagues, mais pas pour questionner.

 

Je me suis toujours sentie très à part, comme si j’étais trop mature pour le monde des enfants, mais évidemment trop jeune et naïve pour être prise au sérieux dans le monde des adultes. J’avais quelques amis bien sûr, mais personne avec qui je me sentais assez en confiance pour me confier sur mes pensées érotiques et étancher ma soif de connaissances.

 

Cette réalité a basculé lors de mon arrivée au secondaire, où j’ai rencontré cette fille, qui malgré nos deux ans de différence, m’a tout de suite acceptée comme amie. Je me suis rapprochée d’elle très rapidement. On passait tous nos dîners ensemble. On parlait beaucoup dans le trajet d’autobus, assez pour se rendre compte qu’on avait beaucoup de points communs sur notre vécu et surtout sur notre perception de la vie, du haut de notre jeune adolescence. Bien sûr, comme tous les enfants, j’ai fini par aller chez elle, et elle chez moi.

 

Je voyais à cette époque, de mes yeux de jeune fille de 12 ans, la sexualité comme quelque chose de beau que j’avais hâte d’expérimenter et qui ne devait pas comporter de barrières une fois que le premier pas aurait été fait dans cet interdit. Je trouvais les gens beaux, autant les garçons que les filles. J’avais envie de les embrasser, de les toucher, de leur montrer mon amour. Et ensemble moi et elle, on s’amusait à imaginer la vie de cette façon, sans interdit.

 

Puis un jour, vint l’envie de pousser l’imagination vers l’expérimentation. On s’est embrassées. Comme ça, sans questionnement, juste parce qu’on en avait envie. Ç’a continué. On avait toujours hâte de se revoir pour avoir une chance, parfois mince, de se rapprocher. Je crois que ces rapprochements venaient, d’une façon, combler un genre de manque affectif qu’on avait toutes les deux connues dans notre monde d’adulte.

 

Un soir, c’est allé plus loin. Je n’avais, à l’époque, aucune idée de ce à quoi pouvait ressembler la sexualité entre deux femmes, ou encore entre hommes et femmes, considérant que je n’avais, comme référence, que le peu d’images que j’arrivais à épier dans la pornographie, ici et là.

 

Cette relation a duré longtemps - quelques années. Malgré tout ce temps passé à désirer cette fille que j’ai vue devenir une femme, jamais un seul instant, je ne me suis considérée comme lesbienne ou avec une orientation particulière pour les femmes. Si ma mémoire est bonne, elle non plus. C’était plutôt un jeu. On s’amusait à se coller, s’embrasser, se toucher, principalement pour notre propre plaisir, mais aussi, parfois, pour amuser les garçons et même pour les séduire.

 

Ce qui est particulier là-dedans, c’est qu’on continuait à se percevoir comme hétérosexuelles, à avoir de l’intérêt pour les garçons, et donc, aussi à sortir avec eux. On avait régulièrement de nouvelles fréquentations de la gent masculine, dont certains connaissaient l’état de notre relation et d’autres ignoraient notre petit secret.

 

Certains considéraient ça comme de la tromperie, un agissement impardonnable avec qui on devait être prudentes pour ne pas se faire prendre. D’autres, pour qui c’était excitant, et même captivant. Pour nous, c’était unique et au combien plaisant.

 

Évidemment, toute bonne chose à une fin. Pour une panoplie de raisons qui m’échappent, notre relation a fini par s’estomper et ne demeurer qu’au stade d’amitié. J’ai continué à sortir avec des hommes, mais à désirer autant les deux sexes. Pour moi, tout le monde était beau, alors pourquoi choisir si j’avais envie d’embrasser l’un ou l’autre. Autant tenter ma chance et m’amuser.

 

Pourtant, jamais je n’avais développé de sentiments plus qu'amicaux, pour des filles, alors j’éloignais la possibilité de me considérer bisexuelle ou même lesbienne. Pour moi, la distinction entre l’amour et la sexualité était flagrante et jamais je n’aurais pu me voir dans une relation amoureuse avec une femme.

 

Jusqu’à ce soir; ce fameux soir de décembre, le 31 pour être précise. J’étais invitée dans une fête pour le jour de l’An, dans un appartement qui m’était inconnu, avec des gens tout aussi inconnus. Mais, j’avais une peine à noyer, alors tous les moyens étaient bons. J’ai aperçu cette fille, qui jouait à un jeu d’alcool avec nous. Elle était si belle, assurément la plus belle fille que j’avais vue de ma vie, souriante, drôle, énergique. J’avais envie de la prendre dans mes bras, de l’embrasser. En quelques secondes, une dizaine de scénarios et d’images sont venus occuper ma tête.

 

À quelques secondes du décompte, alors qu’elle était seule dans une chambre, je suis allée la chercher pour lui demander de célébrer avec nous. Elle m’a dit : « Je ne peux pas passer le Nouvel An sans embrasser quelqu’un. » Un peu à la blague, et surtout par manque d’inhibition devant une telle beauté, je lui ai suggéré de m’embrasser. La nouvelle année a sonné sur un des baisers les plus intenses et passionnés que j’ai connu. Nos lèvres ne faisaient qu’unes, tous mes problèmes s’étaient dissipés, ma peine n’était plus que secondaire. J’aurais passé la nuit juste comme ça, dans ses bras, à l’embrasser. J’aurais voulu que cet instant de s’arrête jamais.

 

Pour les curieux, je n’ai pas revu cette fille, en personne du moins, mais elle hantait mes rêves et mes pensées, et ce, pendant plusieurs mois. Elle a soulevé chez moi un questionnement que je n’avais jamais même pensé à avoir jusqu’à présent. Un questionnement sur ma sexualité, mon orientation, mon identité. Le genre de questions qui semblent si claires à première vue dans une société structurée qui fonctionne sur des balises établies depuis la nuit des temps, mais qui peuvent remettre en jeu tout un parcours de vie.

 

À partir de ce moment, je me suis mise à lire sur l’orientation et l’identité sexuelle, sur les multiples façons de concevoir les relations et d’entretenir celles-ci.

 

C’est après un cours sur les modèles relationnels et de santé sexuelle, dans le cadre de mon BAC en sexo, que j’ai fini par me l’admettre, à moi-même, de peine et de misère, aux dépens de la personne que j’avais cru connaître depuis 21 ans. Je suis bisexuelle! Je le suis, je l’ai toujours été, c’est une étiquette que je vais maintenant me permettre de porter.

 

Cette étiquette ne sert pas à me définir, car la sexualité, l’amour et les relations comportent des définitions propres à chacun qui évoluent au courant de la vie : ces définitions que l’on modifie, que l’on remet en question, que l’on explore et que l’on adapte.

 

Cette étiquette me permet plutôt d’être un peu mieux comprise par ces personnes pour qui il n’y a jamais eu de questionnements. Ces personnes qui ont pris les modèles de notre société et les ont intégrés comme s’ils étaient les siens. Ces personnes qui représentent mes parents, mes amis proches et ma famille qui souhaitent, tant bien que mal, me comprendre dans un univers qui me demandera une vie d’exploration pour arriver moi-même à une compréhension éclairée.

 

Je souhaitais, avec ce témoignage, vous aider à vous ouvrir à cette sphère encore trop taboue et qui mérite d'être explorée. Cette sphère magnifique qu’est la sexualité, comprenant tous ses volets, allant de l’orientation sexuelle à l’identité de genre et bien d’autres.

 

 

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