« MON AMOUR, JE T’AIME PROFONDÉMENT ET JE DÉSIRE D’AUTRES PERSONNES. »

TÉMOIGNAGE

Andréanne Parent

23 janvier 2017

Je crois en la loyauté, pas en la fidélité conjugale.

 

Attention, je ne parle pas d’amour. Car l’amour, j’y crois dur comme fer. Qu’on puisse aimer une personne et lui être loyale toute sa vie, c’est possible, en amitié comme en couple. Je le vis moi-même tous les jours et je ne connais rien qui soit capable de surpasser ce sentiment de réciprocité.

 

Mais la fidélité ? Ce concept abstrait qui m’oblige à rester sexuellement exclusive à une seule personne ? Please.

 

Je vois déjà l’étendard des conservatrices pro-maritales se soulever avec indignation. Ne vous en faites pas, je ne parle pas ici de promouvoir la polygynie ou la polyandrie. Je considère la polygamie aussi ridicule et insensée que la monogamie.

 

À mes yeux, une union entre un ou plusieurs individus ne doit pas être institutionnalisée, et encore moins encouragée ou prohibée. Peu importe sa nationalité, sa couleur, son sexe ou sa religion, une personne est libre d’aimer celui, celle ou ceux qu’elle désire, en toute impunité.

 

Pourquoi ne puis-je pas être loyale à quelqu’un sans lui être forcément fidèle ?

 

La corrélation qui existe entre les deux résulte, selon moi, d’un code moral (endoctriné par le modèle judéo-chrétien) que nous avons nous-mêmes institué. À mes yeux, la fidélité renvoie davantage à un paradigme transactionnel, voire à une sorte de contrat auquel se prêtent deux personnes pour une durée souhaitée sans clause de sortie.

 

En fait, je crois avoir un problème avec la notion de mariage tout court.

 

Le mariage catholique est celui auquel nous sommes le plus habitués. Sixième sacrement de l’Église, il symbolise les noces des époux devant des témoins dans une cérémonie officielle durant laquelle le Christ s’engage avec eux pour être la source spirituelle de leur amour. Bah, ça, c’est la forme modernisée du mariage, car jusqu’au XVIIe siècle, les gens (de religion catholique seulement) pouvaient se marier partout et à n’importe quel moment, à condition qu’un témoin soit présent pour attester de la légitimité de l’union consacrée.

 

Souvent, pour me contredire, on cite la théorie des âmes sœurs, d’après Le Banquet de Platon :

 

« Chacun d'entre nous est donc la moitié complémentaire d'un être humain,

puisqu'il a été coupé, à la façon des soles, un seul être en produisant deux;

sans cesse donc chacun est en quête de sa moitié complémentaire. »

 

Ce que ces gens si romantiques ignorent, c’est que Platon ne parle pas de « chercher son âme sœur », mais d’androgynie. C’est connu, la reconnaissance claire et sans tabou des comportements sexuels est une caractéristique propre à l'esprit grec. (Pas étonnant qu’on leur attribue « l’invention » de l’homosexualité et de la philosophie.)

 

De nos jours, je trouve qu’il n’y a pas plus de surprise par rapport à l’avenir. On naît, on grandit, on s’éduque, on expérimente, on se marie, on a des enfants, pis on crève. Le chemin est déjà tracé, les traces de pas déjà enfoncées dans le long chemin de la convenance.

 

Je n’ai jamais été douée avec la normalité. Enfant, il m’arrivait d’insérer toutes sortes d’objets dans mon vagin et parfois l’anus (#LesParentsOntLaisséTrainerLeKY) parce que ça me faisait tout drôle. Je vous rassure, ce n’était rien qui soit susceptible d’alerter la DPJ, mais disons que mes parents auraient eu avantage à se questionner sur mon amour des fournitures de bureau et des modèles réduits.

 

Ado, je consommais plus de pornographie que mes deux frères, mon père, mes cousins et tous les résidents de mon quartier réunis. J’ai été la première à perdre ma virginité, à sucer un inconnu, à me faire percer le capuchon du clitoris, à montrer mes seins à la cour d’école et à me masturber dans un lieu public (pas forcément dans cet ordre).

 

Mes amies me prenaient pour une dévergondée… à juste titre.

 

Je n’ai jamais eu de difficulté à parler de ma vie sexuelle et à l’expérimenter selon mes désirs et non selon les standards. C’est peut-être pour cette raison que mes copains trouvaient mon ouverture d’esprit à la fois dérangeante et exaltante. Ils pouvaient tout essayer avec moi, de l’anal au sadomasochisme. Aussi ne devaient-ils pas s’étonner lorsque, au moment d’aborder notre relation d’un ton plus sérieux, je leur partage mon point de vue.

 

« Moi aussi je t’aime et je veux qu’on reste ensemble. »

 

Jusque-là, tout va bien...

 

« Mais que ça nous empêche pas de voir d’autres gens à l’occasion. »

 

C’est la dénégation assurée.

 

Le problème, ce n’est pas l’exclusivité qui est remise en cause, mais la confiance. Ces hommes, qui désiraient partager leurs désirs seulement avec moi, pensaient que, parce que je ne voulais pas instaurer de traité territorial sur mon corps, je n’étais pas digne de confiance.

 

Est-ce donc à cela que se résume la fidélité ? À la confiance ? Pourtant, n’est-ce pas une preuve de confiance que d’être honnête envers l’autre et de lui rester loyale ? L’infidélité est-elle indissociable de la trahison ?

 

Je crois fermement que non.

 

Si certains ne distinguent pas l’amour de l’acte sexuel, je pense au contraire que l’un et l’autre peuvent se mouvoir dans leur propre unicité. Là où la trahison a lieu d’être, ce n’est pas dans un contexte d’infidélité, mais de déloyauté. Admettons que mon conjoint, Johnny Depp (on a tous le droit de rêver, non ?) et moi avons convenu que notre relation ne permettrait aucune sortie de piste, aucune forme de tromperie – pour toute la durée de la relation ou une période déterminée – et que l’un de nous deux commette l’adultère. C’est, à mon sens, là que réside la véritable trahison, car tu trahis une promesse consentie. De la même façon qu’un croyant trahira Dieu en succombant à un péché capital.

 

Quand une liaison se base sur le respect et l’honnêteté, la fidélité devient accessoire; c’est la confiance et la loyauté entre deux ou plusieurs personnes qui s’enracinent dans un consentement mutuel.

 

« Mon amour, je t’aime profondément et je désire d’autres personnes. »

 

Ça semble saugrenu ? Pourtant, c’est la phrase la plus sensée que certains couples devraient se dire, au lieu de se laisser choir dans le déni et de feindre une relation dans laquelle ils ne sont plus heureux. Nous ne sommes plus au Moyen Âge; il n’est plus question de l’« amour courtois » des chevaliers dévoués à la princesse qu’ils allaient secourir. Nous sommes encore moins de la philosophie confucianiste qui fait de la fidélité conjugale le premier devoir moral féminin en réduisant cette fidélité à la chasteté du corps. Pourtant, on sait qu’en Chine, les Moso, bien qu’ils soient une minorité ethnique, présentent certaines particularités traditionnelles dans lesquelles le mariage n'existe pas et les amants ne résident pas ensemble.

 

À partir du moment où la carte est dessinée, il faut déterminer quelles sont les frontières et comment le territoire est géré ? Les rares fois de ma vie où j’ai pu avoir une relation ouverte avec un homme et une femme, nous avons dès le départ établi nos règles : si tu vas voir ailleurs, je ne veux pas le savoir – ni où, ni quand, ni avec qui. Pour d’autres, ce peut être totalement le contraire : « dis-moi avec qui tu étais ce soir, je mouille/bande juste à y penser ». Why not ? Chaque couple régit les lois de sa relation. Aussi longtemps que chacun y trouve son compte, où est le mal ?

 

« Ça veut tu dire que pour l'infidélité genre lol ? »

 

Non, je suis contre l’hypocrisie relationnelle. Nuance.

 

Si tu restes en couple parce que tu n’as pas envie de te retrouver seul(e), parce que les souvenirs et le passé te rattachent à cette personne ou parce que tu paniques à l’idée de devoir recommencer le processus de recherche et d’entreprendre le long et périlleux jeu de la séduction, peut-être devrais-tu revoir tes priorités dans la vie.

 

Ça revient à rester sur un navire en train de couler parce que le buffet offre des bouchées de crevettes à volonté.

 

Les alternatives aux relations exclusives sont infinies.

 

Elles sont aussi beaucoup moins taboues qu’autrefois. Les relations ouvertes, les clubs échangistes, les incursions multiples, dont le trip à 3 et plus, ne sont que quelques options parmi toutes les possibilités envisageables. Il y en a pour tous les goûts, et c’est ça la beauté de la chose. Même le Marquis de Sade, incontestablement l’un des pires pervers de l’histoire de l’humanité, a écrit un jour à l’une de ses maîtresses :

 

 « Ton corps est à toi, à toi [seul] ; il n'y a que toi [seul] au monde qui aies le droit d'en jouir et d'en faire jouir qui bon te semble. »

 

Nous n’avons pas à subir le poids des traditions et des coutumes. Fais ce qui te rend heureux, en exclusivité comme en diversité. Découvre, explore, expérimente; pleure, crie, improvise, lèche, goûte, jouis ! La sexualité, c’est beau. Ne laisse pas les tabous et les barrières t’arrêter (mais fourre pas d’animaux ni de cadavres : ça c’est juste dégueu).

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