J’AURAIS EU BESOIN QUE L’ON ME DISE: « HEY, FAIS-TOI CONFIANCE ».

TÉMOIGNAGE

Mélissa H. St-Georges

28 février 2017

Doux Bouleversement

 

Douce journée d’hiver, pour ne pas dire froide journée de mars. J’ai des choses à faire, je les fais. Mon corps obtempère ou plutôt, il essaie. Pour une raison quelconque, j’ai de la difficulté à suivre. Je décide de m’écouter, et de ralentir. C’est interprété négativement, selon certaines personnes, mais peu importe. Je tiens à rationner l’énergie précieuse qu’il me reste, si je peux dire qu’il m’en reste.

 

Que se passe-t-il?

 

Une idée de génie me vient en tête! Soudainement, je sais! Je sais ce que je ferai, pas plus tard que ce soir! Un test de grossesse.

 

Me voilà, assise dans la salle de bain, le test dans ma main droite et ma main gauche sur ma bouche; comme si je voulais demeurer silencieuse, afin de ne pas réveiller les murs. Je suis seule, en ce moment.

 

Je décide alors de prendre une douche, pour la première fois dans ma vie de femme nouvellement enceinte. Plusieurs questions et scénarios défilent dans ma tête, même s’il s’agit de ma deuxième grossesse…

 

Aux gens qui me demandent mon secret pour rester mince, je leur réponds que le truc, c’est d’être malade matin, midi, soir, pendant neuf mois! Avez-vous déjà eu une dépendance? Pour ma part, je ne peux vivre sans le Diclectin, le superhéros des femmes enceintes, combattant les nausées et vomissements!

 

Aux gens qui envient le fait que je sois en congé, sans oublier que j’ai droit au retrait préventif, je leur réponds que ce n’est pas toujours une partie de plaisir. Je vous le jure! Impossibilité de me reposer. Mon nerf sciatique du côté droit était déjà en compote, depuis ma première grossesse. Pour faire changement, celui de gauche se met de la partie.

 

Ceci dit, oui oui, j’ai amplement le temps d’aller au restaurant, je l’admets. Entre la garderie de ma cocotte qui continue d’exister, l'entretien de la maison et mon rôle d’épouse, non mariée, d’un homme. Vous savez, la femme multitask? Celle qui prépare à manger, qui se fait belle, qui fait le ménage et le lavage et qui, par-dessus tout, entretient une vie sociale?

 

Cette femme, bien, ce n’est pas moi. Je suis morte quelque part dans le salon.

 

Les nausées matinales perdurent comme si j’étais en phase terminale: quoi de mieux pour ajouter à mon stress, ma fatigue? « Chez nous à la maison, c’est moi le grand garçon » est devenu mon hymne de détente. Oh, Caillou, comment te remercier de t’occuper de mon enfant quand je m’endors sur le sofa ?

 

Je me sens coupable, coupable de ne pas être du côté rose de la dichotomie, car entendons-nous,  la grossesse c’est fantastique, magnifique, féérique. Aviez-vous déjà entendu une femme dire:

 

« Ah, je suis enceinte et ça ne va pas si pire, je ne suis pas certaine d’aimer ça »?

 

Je fantasme d’une assiette de sushis en guise d’entrée, d’un bon steak médium saignant comme repas principal et d’un gâteau au fromage comme dessert, accompagné d’un verre de boisson alcoolisée à la noix de coco.

 

Je rêve d’une soirée avec mon chum, simplement une soirée où je fais autre chose que de m'endormir sur ses cuisses, au quart du film.

 

Je rêve d’une journée sans questionnement. Vous savez, les questionnements d’une mère anxieuse qui s’inquiète d’avoir la toxoplasmose car elle a regardé un chat passer. Celle qui s’imagine avoir contracté la listéria de par son envie de fromage brie. Vous savez, cette hypocondriaque temporaire?

 

Je me croise les doigts afin que mon corps redevienne ce qu’il était. Car après tout, j’ai été chanceuse une première fois, mais la vie m’accordera-t-elle cette chance une seconde fois? Mes opinions sont déchirées; d’une part, un sentiment de satisfaction m’envahit lorsque je m’imagine sur une plage, le ventre plat, peau ébène homogène, aucune trace, niet, nada! D’un autre côté, porter un enfant est non seulement source de fierté, mais aussi de privilège, non? Certaines femmes voudraient être à ma place. Comme en témoignent plusieurs sur les forums de maman, les vergetures, la cellulite constituent des tatouages uniques, premières traces des petits êtres que nous avons portés...

 

Vaut mieux ne pas prendre de chance et me badigeonner de crème ultra dispendieuse, aussi souvent que possible.  De toute façon, la société dans laquelle nous vivons ne nous permet pas de… Vaut mieux ne pas prendre de chance et me badigeonner…

 

J’ai peur de l’accouchement! Plus qu’à la première fois. J’ai tellement souffert.

 

À celles qui disent que l’on oublie nos souffrances lorsque l’on tient bébé dans nos bras, je leur réponds : « MENTEUSES !! »  Plus les jours passent, plus les souvenirs refont surface.

 

Qu’est-ce qui m’a pris de retomber enceinte?

 

Puis par-dessous tout, j’espère que mon bébé sera PARFAIT. Il y a de bonnes chances, de toute façon, car durant l’échographie, à travers l’image noire et blanche, j’ai pu voir que mon bébé, c’est le plus beau.

 

Puis, la culpabilité ressurgit. Je ne veux pas retenter l’expérience de l’allaitement. J’aimerais que mon conjoint puisse s’impliquer autant que moi, lors des boires. J’aimerais pouvoir dormir. J’aimerais pouvoir faire garder mon bébé. Suis-je une mauvaise mère? D’autant plus que lorsqu’on me demande si j’aime être enceinte, je réponds par la négative.

 

Suis-je une vraie femme? Vous savez, celle qui adore porter un enfant. Le fait d’aimer être enceinte, c’est inscrit dans nos gènes, non?

 

En fait, j’aime cela, ce sont plutôt les désagréments qui me causent problème…

 

J’ai peur que l’amour que je donne à ma cocotte soit trop énorme, ce qui du coup, pourrait épuiser l’amour que j’aurai pour mon coco à venir. Quelle angoisse, ce voyage de neuf mois.  Il change une vie…

 

Sentir un petit être bouger, sentir que l’on puisse communiquer, c’est magique.

 

Maintenant que j’ai accouché, je sais que l’amour d’une mère se multiplie. Il est normal de ne pas oublier la douleur de l’accouchement, mais il demeure quand même l’un des plus beaux souvenirs d’une vie. La période prénatale suscite de nombreux questionnements, des remises en questions, des inquiétudes et c’est normal.  J’aurais eu besoin que l’on me dise: « Hey, fais-toi confiance ».  Donc, je vous dis de vous faire confiance.

 

Votre enfant, il sera PARFAIT, pour vous. En voyant le mien, je suis tombée en amour.

 

Bon, j’ai envie d’en avoir un autre. Bébé, viens me rejoindre dans la chambre!

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