QUAND T’ES DÉPRESSIVE, TU BAISES PAS!

TÉMOIGNAGE | 31 mai 2017

Marjolaine

C’est ce que je me suis dit quand le médecin m’a donné mon diagnostic de dépression majeure. Pour les prochains mois, si c’est pas pour les prochaines années, j’allais devoir mettre un trait sur ma vie sexuelle.

 

Pas parce que mon corps ne pouvait plus fournir ou parce le médecin me contre-indiquait d’avoir des relations sexuelles. Mais parce que partout où je m’informais, dépression rimait avec baisse de libido.

 

Et si, en plus, je prenais des antidépresseurs, c’était la catastrophe! J’étais destinée à ne plus jamais vouloir sentir le corps de quelqu’un d’autre contre le mien.

 

Quand on regarde plus loin dans les études, on s’aperçoit que tout de même 9,5%1 des femmes ont une augmentation de leurs désirs sexuels durant leur état anxieux ou dépressif. Environ 1 femme sur 10. C’est pas rien quand on y pense. Pourtant, c’est jamais à cette femme qu’on s’intéresse. Comme si c’était elle l’anormale. Comme si le fait d’avoir le diagnostic de dépression devait OBLIGATOIREMENT réduire tes envies charnelles. Dis-moi ton trouble de santé mentale et je te dirai tes pulsions sexuelles.

 

Cependant, on oublie souvent qu’au-delà du désir sexuel et de la libido se trouve parfois le désir d’être aimé, d’être désiré ou seulement d’être apprécié.

 

Je venais de laisser mon copain. Il m’écrivait jour et nuit depuis plusieurs mois pour me dire à quel point il me détestait et à quel point j’étais la pire chose qui lui était arrivée dans sa vie. Je venais d’abandonner mon stage et l’école, car je n’étais plus assez performante pour eux, plus assez bonne. J’étais maintenant dans mon appartement, où j’habitais avec personne d’autre que moi-même, qui, on va se l’avouer, n’était pas la meilleure personne pour me remonter le moral. Mon estime personnelle en a pris un coup. Une méchante débarque. Un face-à-face avec un 18 roues. Et pour ajouter à tout cela, je venais de me faire dire que j’étais DÉ-PRES-SI-VE.

 

Je devenais une personne avec un trouble de santé mentale. J’étais maintenant une folle, qui passait ses journées seule dans son appartement vide à tourner en rond, en cherchant quoi faire de sa vie et même parfois, comment mettre fin à celle-ci.

 

Évidemment que j’avais besoin d’être aimée! Je crois que n’importe qui en aurait eu besoin dans cette situation. Et toutes les manières étaient bonnes dans ma tête pour être enfin appréciée. Je voulais me sentir importante pour une seule personne, mais c’était encore mieux si c’était pour plusieurs.

 

J’ai commencé à aller sur Tinder et à «swiper droite» des gars. Avec le temps (on s’entend que c’est pas long à comprendre. 2-3 jours maximum!), j’ai découvert que les gars s’intéressaient plus à moi quand je leur envoyais des photos de mes fesses, de mes seins, quand je «sextais» avec eux et que je faisais croire que j’étais seulement là pour me trouver des histoires d’un soir. En réalité, j’avais aucune idée de ce que je faisais là et de ce que je cherchais. Je savais seulement que j’avais un immense gouffre au fond de moi que j’essayais de remplir par tous les moyens possibles.

 

Lorsqu’un garçon me disait qu’il voulait enfin me rencontrer, que je prenais une bonne douche, me maquillais, me peignais et m’habillais sur mon 31, je me sentais belle, je me sentais vivante.

 

Ça faisait changement du gros coton ouaté et de la queue de cheval que je portais en permanence depuis plusieurs mois. Je me foutais complètement du garçon, de sa personnalité hors du commun ou de sa passion pour l’astronomie. Ce que je voulais, c’est qu’il prenne soin de moi pendant une soirée.

 

Vous allez sûrement me dire: «T’avais pas des parents ou des amis pour prendre soin de toi?». Oui. Bien sûr qu’ils étaient là pour moi.

 

Mais entre ta mère qui te dit que tu es belle depuis que tu es né ou huit jeunes hommes de 25 ans qui n’ont aucune obligation de te trouver jolie et sexy, qui flatte le plus l’estime d’après toi?

 

J’ai eu la chance de ne jamais tomber dans la prostitution ou la pornographie. Je dirais qu’à ce moment, la seule chose qui m’a sauvée est que je n’ai pas rencontré de gens qui étaient dans ce milieu. Parce qu’à cet instant, j’aurais probablement accepté. Tout ça pour quoi?

 

Parce que j’avais un désir de me sentir belle et que des gens me disent que je l’étais. Le plus possible. J’avais besoin de remonter mon estime de moi, mais je réalise que ce n’était certainement pas le meilleur moyen pour le faire.

 

Après que vous soyez montés dans ta chambre, que vous ayez fait ce que vous aviez à faire, il retourne chez lui et ne te réécrit plus jamais. Tu lui as dit et démontré que tout ce que tu voulais, c’était te faire baiser. Alors il te le donne et s’en va. Cependant, au fond de toi, ce que tu voulais réellement, c’est qu’il te dise que c’est différent avec toi, que tu es plus belle et plus extraordinaire que toutes les autres.

 

Au fond, tu voudrais qu’il te dise que tu mérites de vivre et d’être heureuse, que c’est seulement un mauvais moment à passer et que tu vas en sortir plus forte. Tu aimerais qu’il te dise que tu en vaux la peine.

 

Mais il ne le fait pas. Il te laisse dans ton lit avec tes remords, ton orgueil et ton amour de toi-même qui est caché tellement loin derrière la porte qu’il ne sort plus que quelques fois par année. Alors tu dois recommencer ce manège avec un autre en espérant que le prochain restera un peu plus longtemps que le dernier et que ça te fera un peu plus de bien. En vain.

 

Mis à part la baisse de libido, on parle moins du fait que les gens avec des symptômes dépressifs ont plus de comportements sexuels à risque. Ils ont donc plus de partenaires sexuels, utilisent moins le condom de façon systématique et ont plus de chances de contracter une ITSS.2,3

 

Est-ce expliqué par ce besoin d’approbation? Cette peur d’être rejetée encore une fois?

 

Je ne peux pas parler au nom de toutes les femmes qui ont fait une dépression et encore moins généraliser ma situation. Mais au-delà de la libido et du désir d’avoir des relations sexuelles se cache parfois une douleur beaucoup plus importante. Que ce soit suite à une relation toxique et malsaine, à un traumatisme, à un trouble de santé mentale ou à n’importe quelle autre raison possible, ...

 

... la sexualité sert à beaucoup d’autres choses qu’uniquement à assouvir des besoins physiques et primaires. Et qui sommes-nous pour juger les motivations d’un autre?

 

Les gens ont des relations sexuelles pour de nombreuses raisons. Pour prouver leur amour, pour oublier une émotion négative, pour évacuer le stress, pour se sentir aimés, pour faire plaisir à leur conjoint ou leur conjointe… Il y a autant de raisons que de personnes sur cette Terre. Donc avant de juger parce qu’une personne a des pratiques sexuelles différentes des vôtres ou parce qu’elle a plus de partenaires sexuels que de doigts sur ses mains, demandez-vous pourquoi VOUS, vous faites l’amour. Et surtout, pourquoi ELLE le fait. Vous pourriez être surpris de sa réponse.

 

 

Références (notes)

 

1. Lykins, A. D., Janssen, E. et Graham, C. A. (2006) The relationship between negative mood and sexuality in heterosexual college women and men. The Journal of Sex Research, 43(2), 136-143. http://dx.doi.org/10.1080/00224490609552308

 

2. Mazzaferro, K. E., Murray, P. J., Ness, R. B., Bass, D., Tyus, N. et Cook, R. L. (2006) Depression, Stress, and Social Support as Predictors of High-Risk Sexual Behaviors and STIs in Young Women.  Journal of Adolescent Health, 39(4), 601-603. https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2006.02.004

 

3. Shrier, L.A., Harris, S. K., Sternberg, M. et Beardslee, W. (2001) Associations of Depression, Self-Esteem, and Substance Use with Sexual Risk among Adolescents. Preventive Medicine, 33(3), 179-189. https://doi.org/10.1006/pmed.2001.0869

 

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