CAT CALLING SOUS LES TROPIQUES

TÉMOIGNAGE | 13 février 2017

Marion B-H.

L’exotisme c’est parfois la peau blanche, les formes peu généreuses, les cheveux châtains.

 

Une femme au teint translucide, parfois d’un vert léger, d’une roseur timide ou d’un jaune pastel.

 

Venant du nord, habituée aux froids polaires.

 

Dévoilant le plus possible son corps pour profiter au maximum du contact électrisant de la chaleur humide.

 

Paradant fièrement dans ses shorts de jeans délavés et ses lunettes de soleil trop grosses pour son visage étroit.

 

Flattée par le premier commentaire d’un inconnu qui souligne la grâce de sa démarche.

 

Elle continue sa route en souriant.

 

Riant des trois hommes, les visages grillés par le soleil et l’âge, qui sifflent à son passage.

 

Elle s’esclaffe devant ces vieux messieurs libidineux.

 

Souriant à l’homme, beau et enjôleur, qui l’arrête dans la rue pour lui demander de retirer ses lunettes. Pour admirer ses yeux, dit-il.

 

Elle baisse rapidement ses lunettes, regrette immédiatement, serre la main au jeune homme, et part.

 

Il la siffle et, le ton plaintif, l’exhorte d’accepter de  se marier avec lui.

 

Elle accélère le pas, qui se veut léger mais qui, subitement, devient lourd. Les yeux braqués vers l’avant, alors qu’elle évite de regarder derrière elle.

 

L’enjôleur abandonne la poursuite. Soupir de soulagement.

 

Passant devant une famille, le père déviant le regard vers ses fesses. Ayayaye... souffle-t-il.

 

Elle lève les yeux au ciel, exaspérée. Pauvre mère, pense-t-elle.

 

Ignorant les deux jeunes hommes qui l’examinent de la bouche aux chevilles alors qu’elle s’est arrêtée pour chercher frénétiquement son chemin sur son téléphone.

 

Impatiente, elle sait qu’elle doit trouver rapidement son chemin, de crainte qu’un preux chevalier lui propose son soutien.

 

Levant les yeux sur un nouvel homme qui lui demande, d’un ton doucereux, si elle a besoin d’aide. Une belle femme comme elle ne devrait pas être seule, c’est ce qu’il lui dit.

 

Elle sourit, pleine de malaise.

 

Plus loin, un groupe de jeunes garçons la fixe, ils se claquent les cuisses en parlant fort. L’homme doucereux leur offre un sourire complice.

 

Elle a soif, elle a faim. Elle pourrait se réfugier dans un petit resto, manger et se faire oublier de la rue.

 

Le monsieur doucereux est toujours devant elle, deux centimètres plus près. Deux yeux insistants qui ne la quittent pas.

 

Elle tourne les talons, le remercie froidement, et par un balayement rapide des yeux, cherche une cachette.

 

Il insiste un peu, la suit pendant 2-3 mètres et abandonne la course. Des gens diront qu’il avait un air déçu.

 

Premier resto, espoir de refuge. Trois garçons à une table, elle évite.

 

En marchant, les commentaires et les sifflements fusent. Elle ignore tout, le regard dur, les lèvres serrées.

 

Deuxième resto, deux familles avec des enfants aux tables, elle s’engouffre. Le serveur la regarde avec insistance, la mine gourmande. Elle change d’idée, elle quitte.

 

Un garçon bloque son chemin et complimente ses seins. Elle fait un doigt d’honneur, symbole qu’elle croit universel. Bitch ! lance-t-il en riant.

 

Troisième resto, désert, une femme l’accueille, toute souriante.

 

Elle s’assoit, soulagée, au fond du resto exigu. Loin du soleil électrisant, pour éviter que les marcheurs ne la remarquent.

 

Confuse. Triste. En colère.

 

Elle devrait être contente, d’autres lui diront.

 

Autant de compliments en moins de 30 minutes, ça fait des jalouses non ?

 

non.

 

La prochaine fois, elle demandera à un homme de l’accompagner.

La prochaine fois, elle portera un soutien-gorge.

La prochaine fois, elle choisira des pantalons.

 

La prochaine fois …

 

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